La vie dans les champs de carottes bleues

Un blog un peu débile ...

25-10-07

De porc, de folie et de paganisme...

Voici la critique express' de "Sa Majesté Minor"

affiche

Petite fifiche :
Année : 2007
Réalisateur : Jean-Jacques Annaud
Durée : 1h41
Avec surtout : José Garcia
Et aussi : Vincent Cassel
Sans oublier : tous les autres

truie
"Cet homme est un porc" au sens quasi-propre

Petite amorce :
Sur une île de la mer Egée, quelque part dans le temps il y a très longtemps, avant même l'avènement de Homère. Un petit village vit sa vie sans se préoccuper de grand chose d'autre que la récolte des olives, la fornication, la vénération des colombes et l'élevage des porcs -époque bénie s'il en est. Or, parmi ces cochons vit un homme, Minor. Stupide, dénué de parole et vivant avec sa truie-épouse, Minor coule des beaux jours pleins de boue et de crasse, même s'il est la cible de viles plaisanteries. Il aura même la joie de rencontrer dans la forêt des mythes et en particulier un satyre follement lubrique. Mais tout bascule avec un choc sur la tête, où Minor trouve la parole en même temps que l'intelligence.

renouveau
L'ascencion vers la gloire, le pouvoir et la disgrace

Petit déroulement :
Minor devient un homme comme tous les autres mais avec des prophéties et des oracles il deviendra le centre de toutes les attentions. Il suffira d'un minuscule coup de pouce du destin pour qu'il devienne roi de la petite communauté. Aidé par ses envies sexuelles, les conseils du satyre, les manipulations féminines et son amour pour sa truie, Minor ira en moins d'une heure de la fange à la fange en passant par le sommet du pouvoir et du ridicule. Entre statue géante, mode vestimentaire stupide, amis, amours, trahison et fornication, ce personnage hors du commun se débattra dans ce destin qu'il n'a pas choisi.

conseil
"Tu dois lui parler avec ton ami... celui que tu as entre les jambes"

Petits acteurs :
De A à Z, ils sont tous très bons. Selon moi la vedette ne revient pas au rôle titre, même si José Garcia est fort bon, surtout que ce rôle d'homme animal (en particulier avant qu'il naccède à l'humanité) ne devait pas être de la première évidence à interpréter. Mélanie Bernier est aussi très bonne dans son rôle de jeune beauté primale. Sans pudeur aucune, que ce soit physique ou morale, elle incarne la femme primale telle que l'ont fantasmée les écrivains classiques depuis longtemps : belle, usant de sa beauté, ferme et manipulatrice sans être dépourvue de coeur, peut-être cruelle par nature ou pour survivre.
Vincent Cassel est proprement génial. Jamais satyre n'aura été aussi criant de vérité (c'est d'ailleurs presque à s'inquiéter pour cette chère Monica). Lubrique frénétique servi encore plus par son sourire carnassier que par ses fausses jambes bluffantes (et parfaitement adaptées à ses mouvements de bassin), il est le vrai faune priapique qui hante les dionisiaques et court après les ravissantes nymphes. Il le dit lui-même dans le film "je suis un mythe" (avec ses avantages comme "les mythes ne vieillissent pas" et ses inconvénients "les mythes sont là où il le faut" --> "tu as rêvé de moi hier! Je le sais, j'y étais!"), jamais mythe n'a été aussi véridique et crédible.

satyre
"L'un n'empêche pas l'autre!"

Petits plus :
Je vais passer relativement vite sur les décors qui sont justes, donne le parfait contexte (journées chaudes et sèches, sous un ciel bleu face à une mer identique, vacances d'été éternelles où l'homme désoeuvré n'a de meilleur souci que de s'abandonner aux plaisirs) à l'histoire et l'idéal endroit pour voir se révéler tous les excès de l'homme.
Idem pour la musique, estivale, joyeuse, pétillante.
Petit bonus spécial pour les chapitrages qui permettent un découpage du film plus abrupte, passant directement d'une situation à une autre sans perdre le moindre fil puisque l'on sait tout de suite que la séquence suivante est celle "Où des plaisanteries anodines auront de graves conséquences". C'est toujours plein d'humour et notamment celui où pour avoir recommencé à mordre les gens, le roi Minor tombera en disgrace : "Où une bouchée de trop fait chuter le régime".

v_n_ration
La vénération des divines colombes, ça ne s'improvise pas!

Petit avis général :
Ce film, c'est d'un grand n'importe quoi. Autrement dit il y aura deux populations de gens : ceux qui vont adhérer et ceux qui vont conchier. Moi, bien entendu, j'ai adhéré.
Le fait de placer l'histoire à cette époque et dans ce contexte permet tous les abus, tous les excès que l'amoralité païenne ne réprouve pas, c'est à dire tous. On pourra en effet compter sans être exaustif : la sexualité sous tous ses angles (fornication, sodomie, zoophilie, semi-zoophilie (oui, un faune il n'est qu'à moitié animal), masturbation ...), le verbe cru (celui qui exprime la pensée dans son fond et sans y mettre les formes), la manipulation, l'homosexualité latente, le mensonge, l'incitation au meurtre, le complot...
Forcément, si on n'est pas préparé ça peut choquer mais -j'en suis bien désolé croyez le bien- s'offusquer de ce que nous présentera ce film (je pense particulièrement aux apsects plus "charnels" des excès sus-nommés) sera faire preuve de pensée obtuse, frileuse et psychorigide. Oui, les hommes et les femmes baisent, inutile de vous le cacher plus longtemps parce que y'a beaucoup de chances pour que vous soyez né grâce à ça! Il faut au contraire rire de la dérision avec laquelle nous sont présentés tous ces apsects que certains qualifieront de dérangeant car non, ce film ne tombe pas une seul fois dans le vil piège de la vulgarité, de la pornographie ou même de l'érotisme (la preuve, il passe dans des "grandes chaines de cinémas"). Et puis après tout, à mon avis, tout ce qui relève de la quête du pouvoir, du mensonge, de la trahison and co. mérite bien plus l'oprobe et certains films qui ne choquent personne en abordant à fond ces thèmes sont bien plus obscènes au fond que bien des films pornos.
Bien des clichés son dynamités dans ce film et bien des situations son tprises à contre-pied. L'exemple le plus flagrant est celui du personnage de Karkos, le jeune grec sublime à la plastique parfaite, le cliché de l'athlète que ses muscles prédisposent à de la testostérone ben venue comme dans 300. Oui, mais il est le poète du village, pas le barbare attendu. Et il est le seul à placer un peu de valeur en la "vertue" de sa compagne alors qu'elle fait tout pour se donner à lui. Il n'est pas le classique vengeur transi d'amour qui tuera l'amant de sa compagne dans un accès de saine rage. Non, il est celui qui ayant ravalé sa rage et contemplé la beauté du monde tombera de manière ambigüe amoureux de l'amant de sa compagne.
A epoqué lointaine, morale et moeurs lointaines. C'est dans cette morale et ces moeurs qui nous sont étrangers que tout se passe autrement que ce à quoi nous voulions nous attendre.

karkos
Karkos, le plus moral et proche de nous...
pourtant le plus atypique de tout le film!

Petite conclusion :
Sa Majesté Minor est avant tout une comédie, même si j'ai l'impression de l'avoir présenté plus comme un film métaphysique sur l'homme ses excès, sa droiture et ses méconduites. C'est un film drôle où la morale phylosophique qui est la notre n'existait pas encore, théatre de toutes les exagérations qui font naître d'abord le rire et ensuite la réflexion si vous avez allumé votre neurone qui dit "au fond on n'est pas si différents".
Un film sans complexe qui s'assume totalement, de ses gags les plus niais aux plus fins, de ses dialogues les plus gras ("tu viens pour ta sodomie?" "non, pour un conseil..." "l'un m'empeche pas l'autre!") aux plus ampoulés, de sa narration originale (et qui fait un peu penser à du cinéma muet avec ses titrages) à ses codes les plus fondamentaux.
Alors mon conseil est le suivant : départissez-vous de vos complexes et allez le voir si vous y ètes parvenus. Sinon vous ne goûterez pas le sel de bien des situations et de bien des répliques qui auraient pu devenir culte si elles s'étaient trouvées dans un film à plus forte audience. Que leur confidentialité leur apporte plus de cachet! Vous rierez plus d'une fois et vous vous pencherez sur les excès primaires de l'homme (le sexe n'étant pas en tête) mais aussi sur d'autre plus modernes comme -inattendue ici- la mode.

Posté par Shushu à 18:46 - Critique express' - Commentaires [0] - Permalien [#]

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