La vie dans les champs de carottes bleues

Un blog un peu débile ...

14-02-06

De jeunesse, d’embryons et de raviolis…

Critique express’ de « Nouvelle Cuisine »

(comme d'hahb', cliquez pour aggrandir toutes les images! J'en ais assez de le répéter, apprennez!)

affiche_grise

Le film :

Titre : Nouvelle Cuisine

Titre original : Dumplings (je crois)

Sous-titre : « Elle voulait rester jeune… à tout prix. »

Origine : Hong-Kong

Réalisation : Fruit Chan

Acteurs : Miriam Yeung, Bai Ling, Tony Leung Ka-Fai

Signe particulier : Interdit aux moins de 16 ans

Précédent (si on en m’a pas raconté que des conneries) : ce film était présent à l’état de court métrage dans « 3 extremes » qui est passé il y a quelques temps sur les écrans avisés (je l’avais raté, zut). Succès et qualités ont valu une adaptation en long métrage par un futur grand nom de la réalisation qui signe ici son premier film (confirmez/infirmez, s’il vous plaît ici je n’ais aucune source)

Juste deux mots ici pour dire que je n’aime pas le titre français. Mauvaise traduction si le titre « original » est bien dumplings qui sont des boulettes de viande. Il en va de même pour le sous-titre qui focalise le film trop sur cet aspect et le restreint à mes yeux…

L’histoire :

Madame Li, ancienne actrice de télévision se rend chez l’étrange « Tante Mei »  pour y acheter et y manger le meilleur remède contre le vieillissement dont elle ait entendu parler. Tout cela parce qu’elle perd son mari,  celui-ci lui préfère les jeunes employées de l’hôtel où ils résident. Pour le reconquérir elle est prête à affronter l’horreur, l’interdit et le hors la loi car si les raviolis de Tante Mei son efficaces, celle-ci est condamnée à un quasi anonymat : son ingrédient de prédilection est l’embryon humain. Madame Li devra affronter sa répugnance et ses principes pour se plier à cette cure de jouvence alors que se poseront des problèmes aussi diverses que l’approvisionnement en matière première (en particulier lorsqu’elle réclame un traitement plus efficace et apprend que seuls les fœtus plus développés ont ce pouvoir), les échecs avec son mari, son improbable goût pour le plat et de terribles effets secondaires…

miriam_yeung

"Pensez en les mangeant à leur effet, pas leur provenance."

La réalisation :

Epoustouflant ! Et pourtant vous savez que je ne suis pas spécialement sensible à cet aspect (ne criez pas, j’en suis le premier contrit). Mais je n’ais pas pu m’empêcher que c’est diablement bien fait. Des plans superbes, inventifs, originaux, dérangeants (une vue subjective de fœtus mort pour seul exemple), bien pensés et bien menés. Je n’ais rien vu à redire là-dessus, voilà de la bonne (très très même) réalisation comme il faudrait en voir plus souvent.

J’aime beaucoup : mon paragraphe est très court alors que c’est un des aspects les mieux aboutis du film. Tout cela montre que ça me laisse sans voix dira-t-on ^^.

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"Je rajoute un peu de gingembre?"

Les acteurs :

Les deux femmes sont vraiment très bonnes, chacune dans leur style. Une Madame Li toute en manières, en hésitations et en introversion mais qui glisse imperceptiblement vers le relâchement, l’intérêt et crise de nerfs. Des moues, des attitudes, des regards, tout y est pour ficeler le personnage en toutes circonstances. Une actrice qui manie son personnage aussi bien que ses raviolis : à la baguette.

Tante Mei semble plus « normale » au premier abord mais se révèle vite toute autre. Sautant d’un sujet à l’autre aussi bien que d’une attitude à son opposé, le personnage est rendu inconstant. Mystérieuse par ses sourires, aguicheuse par ses manières. Personnage à équidistance de la folie, la fascination et la perplexité, parfaitement interprété.

On ne sait choisir laquelle des deux est la plus hors norme de celle qui détourne un regard dégoûté pour tendre une oreille passionnée ou de celle qui brandit, sourire béat à l’appui, un fœtus sous le nez de sa cliente et criant presque de joie.

Monsieur Li pour sa part n’a pas tant de compliments à recevoir. Sûrement en partie parce que son personnage plus secondaire (encore que) et déjà bien vu par ailleurs laisse moins la place à une virtuosité d’interprétation. Mais toujours est-il qu’il est bon et joue bien son personnage de séducteur déclinant à qui ridules et grisonnement confèrent plus de charme que d’âge.

J’ajoute que j’ai vu le film en VO qui à mon avis convient bien mieux que n’importe quel doublage que l’on puisse imaginer. Les acteurs sont bons, inutile de les priver d’une part de leur talent !

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"J'ai cru pouvoir vivre dans le bonheur pour toujours."

La musique :

Je ne sais pas qui est à l’origine de la bande son (car il n’est pas ici question que de musique en fait) mais il a tout mon soutient pour continuer son métier. Bien entendu la musique va de paire avec le film et les scènes mais déjà en elle-même elle ne semble pas dénuée d’intérêt. J’ai apprécié le fait que la musique « de circonstance » appuie les scènes clef… évidemment… mais surtout que l’inverse soit fait assez souven. Notamment le montage où Madame Li, à force de pratique passe du dégoût absolu à l’intérêt du fin connaisseur gastronomique. Alors que l’on s’enfonce dans l’horreur, la musique monte vers des sphères plus éthérées, plus guillerettes. Il en va de même pour l’ultime scène, qui m’a marqué en grande partie pour cela.

Enfin, je ne pouvais pas passer outre une mention spéciale « Le Son ». Ce son dont il est question est récurrent dans le film. Indescriptible, à mi chemin entre le cri du nourrisson affamé, de crissement de pneu et de la crécelle cassée. Il est là à chaque moment « dur » (que ce soit du presque gore, de la prise de conscience, de la peur…) et vous prend les tripes. Subtilement utilisé au début, on l’associe vite à l’horreur et devient très vite dérangeant par lui-même, sans même avoir besoin d’un appui visuel. Superbe dans l’horreur auditive.

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"Je suis la publicité vivante de l'efficacité de mes raviolis."

Enfin :

Voilà un film qui m’a réellement enthousiasmé. J’admet qu’il est dérangeant par bien des aspects : thèmes (immédiat mais aussi sous-jacent de cannibalisme, quête de jeunesse éternelle...), certaines images assez dures, « Le Son »… Mais malgré cela, on ne peut pas rester insensible à la virtuosité de réalisation et de jeux d’acteurs qui sont dedans. D’autant plus que ça ne va jamais trop loin dans le gore (merci les plans mis au point sur le mur du fond et pas la masse sanguinolente, bravo les plans tronqués où il faut…) Un bon film. Ajoutez à cela des trésors d’inventivité sur tous les plans et vous obtenez un très bon film. Et n’oubliez pas qu’en plus d’être esthétiquement superbe, il invite à se questionner, ou questionner les autres sur des points somme toute importants. Un grand film.

Je le conseil aux âmes pas trop sensibles parce que tout de même, il n’est pas interdit aux moins de 16 ans pour rien : il a de quoi vous retourner le ventre et la tête. A ceux-là je souhaite que toute cette fine équipe soit prochainement réunie autour d’un sujet plus « léger » car il vaudra sûrement le coup. A tous les autres : allez le voir et régalez-vous, même si vous n’en sortirez sûrement pas rajeunis comme avec une bonne cure de raviolis !

affiche_couleur

Je préfère de loin celle d'en haut, esthétiquement, car celle-ci va mieux au film (encore que l'autre possède quelques détails que je vous invite à chercher qui en font une bonne affiche pour ce film aussi!)

Posté par Shushu à 13:59 - Critique express' - Commentaires [0] - Permalien [#]

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