27-07-04
Juste un instant...
Il regarda sa montre... plus que cinq minutes. Il regarda le plan...
encore trois kilomètres. Il regarda dans son sac... il ne serait pas en
retard. Après avoir avisé une petite ruelle quelques mètres plus loin
il s'y engagea. Une fois à l'abri des regards des passants il sorti le
petit boitier de son sac. Comme toujours l'interrupteur indiquait la
position "en marche". Il eu un léger sourire rien qu'à le tenir dans
main. Il vérifia une dernière fois si personne sur l'avenue ne pouvait
le voir puis il bascula le bouton sur la position "en pause". Le flash
lumineux illumina le ciel mais lui seul le vit. Il retourna sur
l'avenue et ne put retenir un éclat de rire. Il avait figé le cours du
temps juste pendant un gros coup de vent et dans tout le boulevard les
gens arboraient des poses stupides pour rattraper un chapeau ou
rabaisser à la hate une jupe. C'était probablement ce que ce
merveilleux objet lui apportait de plus plaisant : le rire. Bien sûr
pour un jeune homme de son age on aurait pu penser que pouvoir
interrompre le cours du temps ait de bien plus grands attraits mais il
n'en était rien. Impossible de déplacer le moindre objet plus gros
qu'une poussière, ne fut-ce que d'un millimètre. Impossible alors de
réaliser toutes les blagues qui lui étaient venues à l'esprit de prime
abord. Impossible aussi de devenir un justicier de légende. Non, il
riait de son pouvoir secret et c'était déjà beaucoup pour lui. Mais
depuis peu il n'avait même plus besoin de ça pour se distraire. Depuis
qu'ils s'étaient recontrés, qu'il l'avait connue. Enfin une personne
avait pu combler le vide de sa vie, la tristesse de son existence. Il
ne vivait plus que pour elle. Et grace à son inprobable gadget il ne la
faisait jamais attendre. Il se remit en reoute, d'un pas trainant. Il
avait le temps. Il avait toujours tout le temps.
Sur la route qui le séparait de son rendez-vous il eut tout le temps de
se repasser en tête ces derniers mois, les plus beaux de sa vie... les
seuls beaux de sa vie. Et, comme il le faisait depuis peu il songea un
peu au lendemain. Il arrivait à présent à envisager des bribes de
futur. Le futur prend un sens quand on sait que quelque chose que l'on
chéri plus que tout s'y tient pour soi. Le temps d'une escapade en
pensée dans les sous-bois il était arrivé. Il massa un instant son
front qui avait percuté une vielle dame alors qu'il marchait, perdu
dans ses pensées. Il regarda sa montre... trois heures pour venir... un
instant pour venir. Il rentra dans la faculté par la double porte
ouverte, vit au loin son rendez-vous qui descendait les grands
escaliers du hall et se retint de la contempler ainsi immobile... rien
ne valait ses gestes amples et raffinés. Il arriva bientôt dans les
toilettes. Ajustant son heure sur celle d'une pendule immobile au mur
il effaçait la trace de ces trois heures. Comme toujours la fenetre
était ouverte. Il pressa le bouton du petit boitier et la rumeur de la
rue et de la faculté reprirent, comme sortis du néant. Il se glissa à
l'extérieur par la fenetre après avoir vérifié que la rue était enfin
déserte. Puis il traversa le boulevard et attendit en face de la
faculté sous le même réverbère qu'à chaque fois.
Elle allait arriver, juste une question de temps se dit-il en jouant
machinalement avec son boitier dans sa poche. Enfin elle franchi la
porte et, du haut des marches de marbre, lui fit de grands signes des
mains. Il sourit. D'un sourire simple et intense. Le sourire du pur
bonheur. Il la regarda dévaler les marches avec une grace irréelle à
ses yeux transis. Il lui souriait au travers de la foule, par dessus la
route, le dernier rempart. Elle lui souriait, partageant sa joie au
plus profond d'elle-même. D'un pas alerte elle traversa la route... du
moins la première moitié. Hypnotisée par son amant elle ne le vit par
arriver. Hypnotisé par son amante il ne le vit pas arriver. Pourtant il
était bien là. Des cris retentirent, des cris d'effroi. Ils étaient
improbables à ses oreilles, possédé par cette présence qui se
rapprochait. Il vit le bus juste après elle. Elle ne hurla pas, elle
n'en eut pas le temps. De terreur, de surprise, de consternation, il se
crispa tout entier et un flash éclaira le ciel, qu'il fut le seul à
voir.
Il contempla alors l'absurde scène. Toute la rue était tournée dans une
seule direction. Tout le monde regardait l'engin, la mort, qui se ruait
vers elle. Presque toute. Elle, elle regardait face à elle, vers le
réverbère. Son beau sourire n'était même pas voilé par la présence de
la mort. Le pli de sa jupe figé erraflait déjà le pare-choc. Ses
cheuveux roux léchaient déjà le pare-brise comme une énorme langue de
feu. Mais le temps était figé. Il avait suspendu sa course. Immobile il
était, immobile était le monde entier... l'univers peut-être. Et elle
avec, juste avant la mort certaine, épargnée par un étrange
interrupteur. S'il ne l'avait pas su depuis bien longtemps il aurait pu
mourir de chagrin en le découvrant. Il n'essaya même pas de la pousser,
le moindre cheveux refuserait de bouger. Il ne pouvait rien faire que
regarder dans cet instant. Cet instant qui attendait son bon vouloir
pour se finir... pour tuer. Il devait presser sur le bouton, pour que
l'humanité, le monde et peut-etre l'univers continue sa course dans le
temps. Mais le regard était rivé vers le réverbère, le sourire était
figé dans sa plus grande superbe. Il ne voulait pas la toucher... elle
serait froide comme la mort elle-même. Alors il prit le boitier dans sa
main, s'assis à même le sol devant le bus, devant sa seule raison de
vivre, devant le sourire d'un ange. Il carressa distraitement l'objet
avant d'en arracher le bouton.
Que valait l'humanité, le monde et même l'univers en regard de cet instant?
Commentaires
Nyaaaaaah
Tu sais que j'adore cette nouvelle ^^
^^
CLAP
^^
je t'ai déjà dit que tu avais du talent? quoi? je me répète? C'est parce que c'est vrai...^^
^^'
Merci... *rougis rougis*